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Prepa HEC

Classements des écoles, réputation, taux de réussite, professeurs, pédagogie et inside stories...

Comprendre la saga Sciences Po en 3 minutes

Publié 5 Décembre 2012 par Aristote420 in sciencespo, richard descoings, cour des comptes, michel pébereau, jean-claude casanova, hervé crès, geneviève fioraso, jean gaeremynck

Comprendre la saga Sciences Po en 3 minutes

Depuis le temps que dure l’affaire Sciences-Po, qui concourt actuellement avec l’affaire UMP dans la catégorie de l’actualité la plus grotesque du moment, il était temps que nous apportions notre grain de sel. L’idée ici est d’essayer, pour ceux qui ont décroché ou n’ont plus le temps de se coltiner les rebondissements quotidiens, de faire un bref rappel des faits pour comprendre exactement où l’on en est.

Gestion opaque et salaires mirobolants

Le point de départ est évidemment le décès de Richard Descoings, directeur de Sciences Po entre 1996 et 2012. Charismatique, il avait mené la plupart des réformes les plus médiatiques de l’Institut, à commencer par la fameuse opération ZEP qui a permis à de nombreux étudiants issus de milieux défavorisés d’intégrer la prestigieuse institution.

L’aura dont il dispose ne survit pas longtemps à son décès puisque Le Monde publie les conclusions d’un rapport de la Cour des Comptes qui fustige la gestion opaque et les salaires somptuaires que se versaient les différents membres de la direction de Sciences Po (ndlr : les salaires avaient déjà été épinglés par Mediapart en 2011). On y apprend entre autres que Richard Descoings se serait payé plus d’un demi-million d’euros en 2010 et surtout que les différents développements de l’école n’avaient été financés qu’au moyen d’une fuite en avant peu respectueuse des deniers publics.

Une guerre d’influence pour la succession

Ce rapport de la Cour des Comptes est un premier coup de griffe dans la réputation de l’Institut d’Etudes Politiques mais cette gestion opaque des comptes va compliquer considérablement la succession. En effet, le poste est prestigieux et attire de nombreux candidats, plus ou moins déclarés. C’est alors qu’entrent en jeu deux personnages restés dans l’ombre de Descoings jusqu’à présent : Michel Pébereau et Jean-Claude Casanova. Le premier est président du conseil de direction de l’IEP et supervise la partie pédagogique, le second est président de la Fondation nationale des sciences politiques et supervise la partie financière.

Les deux hommes, très influents, mènent la revue des candidats mais très tôt il semble clair qu’ils ont l’intention d’imposer rapidement Hervé Crès, l’ex-bras droit de Richard Descoings, à la tête de Sciences Po. Plusieurs autres candidats, dont Pierre Mathiot (actuel directeur de l’IEP de Lille) dénoncent l’opacité d’un processus de sélection dont ils jugent le résultat couru d’avance. Selon eux, MM. Casanova et Pébereau cherchent à régler l’affaire entre eux, au sein du sérail. Et de fait, ils nomment Hervé Crès administrateur provisoire au nez et à la barbe du gouvernement, qui n’apprécie pas tellement. Selon eux, il s’agit de faire tourner la maison en attendant la nomination officielle mais tout le monde comprend très bien qu’il s’agit là d’un stratagème pour imposer leur favori.

Commence alors une guerre d’influence entre Geneviève Fioraso, Ministre de l’Enseignement Supérieur, et ceux qu’elle nomme les « papys flingueurs ». Elle profite de la décision de la Cour des Comptes de transmettre le dossier à la Cour de discipline budgétaire et financière pour poser son veto à la nomination d’Hervé Crès et nomme à sa place Jean Gaeremynck, un conseiller d’Etat qui aura pour mission de préparer de façon plus transparente la nomination du nouveau directeur. En parallèle, Michel Pébereau annonce qu’il ne se présentera pas pour un nouveau mandat en 2013.

Une crise des élites ?

En conclusion, il est difficile de ne pas faire de lien entre le comportement consternant de nos élites politiques, actuellement cristallisé par la crise de succession navrante de l’UMP, et le cynisme qui semble régir la direction de Sciences Po depuis des années (se payer des bonus somptuaires tout en se gargarisant de la politique d’ouverture sociale). Si l’institut même qui les forme est géré de façon opaque et frauduleuse, comment s’étonner que nos hommes politiques soient des paradoxes ambulants, rechignant à appliquer à leur propre conduite les principes moraux qu’ils sont censés représenter ? Ils semblent ainsi de plus en plus en décalage avec l’air du temps.

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